eatpraylove_lgDans un des passages du début de son récit autobiographique, Mange, Prie, Aime*, Liz Gilbert nous confie qu’elle ne sait pas quel est son mot d’ordre. Elle se trouve alors en Italie pour se remettre d’un divorce dévastateur et d’une liaison encore plus destructrice qui l’ont laissée exsangue, émotionnellement, sprituellement et physiquement – une vraie middle life crisis. Au cours de cette année de voyage qui la mènera en Italie, en Inde et en Indonésie (les trois "I") à la recherche de son soi (encore un "I" en anglais), elle finira par trouver sa raison d’être, mais curieusement, le mot qu’elle finit par choisir ne m’a pas totalement convaincue. SINCÉRITÉ me semblait plus approprié pour décrire la femme qui se dévoile petit à petit au fil de son récit. Mais sans doute est-ce ma propre perception des choses…

Je viens donc de terminer ce best-seller, si acclamé partout, que je l’ai ouvert avec un brin de septicisme et de méfiance. La curiosité l’a emporté… et après quelques pages, j’étais sûre de le terminer!

Je m’y suis vite sentie bien dans ce livre. D’ailleurs, on le referme en gardant au fond de soi un sentiment de plénitude, de bonheur et de sérénité. Sans doute qu’à force d’être dans la tête de Liz, au fur et à mesure qu’elle apprend à s’aimer, nous aussi partageons ce sentiment. D’ailleurs, comment ne pas l’aimer, cette Américaine curieuse, drôle, pétillante, un peu perdue, mais toujours sincère?

Ce que j’ai préféré, c’est sa façon toute nue de dire les choses comme elle les ressent. On a parfois l’impression qu’elle s’est glissée dans notre cerveau pour faire de l’enregistrement illicite! C’est écrit comme on pense…  et je me suis souvent retrouvée dans sa façon de décrire ses questionnements – que ce soit pour la nourriture ou la prière…  elle est a l’art de mettre le doigt sur le bobo, avec délicatesse et pourtant sans aucune complaisance.

Son message est également universel, ce qui m’interpelle particulièrement. Moi qui n’est point de religion, je me suis retrouvée dans son questionnement et dans sa recherche de Dieu… parfois même jusque dans sa démarche spirituelle, qui est pourtant bien plus engagée que ne l’a jamais été la mienne. Elle donne envie de prier plus souvent… sans plus se soucier de la forme, des règles et des prétendus préceptes, qui, je l’avoue sont souvent rebutants voire hermétiques pour les néophytes.

Ceci dit, outre quelques longeurs dans son introspection sur ses amours, il y a un bémol. Liz est une femme libre, qui vit dans un pays où tout est possible, qui a eu une enfance heureuse et qui est éduquée; jusque là, rien de différent avec la plupart d’entre nous. Même s’il est très difficile de quitter son mari et une vie qu’on a passé dix ans à construire, ce faisant, elle n’abandonne aucun être cher derrière elle. Sa responsabilité se limite à sa propre personne (et à ses illusions). Et elle a des ressources. Elle a certes transformé sa vie – et au passage transformé celles de plusieurs personnes autour d’elle, ce qui n’est pas rien – mais elle n’a pas eu pour ce faire à se partager entre un rôle de mère (qu’elle n’est pas) et celui d'être humain, à la recherche de son soi intérieur. Pour la majorité des femmes qui vivent une situation de départ similaire, le premier rôle est souvent inextricablement lié au deuxième et limite l’étendue de la transformation (bien que dans certains cas, la maternité puisse aussi être un moteur…)

Ceci dit, est-il nécessaire de faire un long voyage pour transformer sa vie? Des millions de personnes le font chaque jour un peu, à leur mesure, avec les moyens du bord. Certains n’atteindront peut-être pas l’état de renaissance et de grâce décrit pas Liz… d’autres prennent des chemins bien plus longs, et plus tortueux, mais je suis certaine qu’il est aussi possible d'y arriver, à petit coups, sans décor aussi spectaculaire. C’est juste beaucoup moins intéressant à priori – et sans doute personne n’a envie de lire ce genre de témoignage.

Alors si en lisant celui de Liz, cela vous inspire, ne serait ce que l’envie d’être un plus sincère avec vous même et avec les autres, lisez-le… Cependant, n’attendez rien de transcendant, car le message est simple. On pourrait le résumer au célèbre proverbe « Aide-toi, le Ciel t’aidera».

* Clique sur la photo pour accéder au site du livre

PS. J'ai aussi lu la version masculine, L'homme qui voulait être heureux de Laurent Gounelle. Même message, mais sans détour, sans l'émotion et la sensibilité, droit au but. Ca plaira plus aux esprits cartésiens. Et c'est beaucoup plus court!