Los Andes (3)
Au bout d'une vingtaine de kilomètres en sortant de Uspallata la route commence à tourner et à rétrécir. Nous quittons la grande vallée. Le chemin est de plus en plus caillouteux. Nous continuons, le soleil est encore haut et le dernier panneau indique une trentaine de kilomètres pour atteindre Villavivencio par la ruta 52.

Après le passage devant des mines désaffectées, qui donnent un peu un sentiment lugubre à l'endroit, nous arrivons à un croisement sur un sommet. Pour toute indication, un vieux panneau rouillé indiquant que nous sommes sur Los caminos Sanmartinenses, la bonne blague (les chemins de San Martin, donc l'époque ou on se déplacait à cheval!). Nous n'avons pas vu âme qui vive depuis Uspallata. Nous prenons vers l'est et vers ce qui semble une descente, mais la tension monte dans la voiture. Nous n'avons pas de carte, pas de connection cellulaire et la voiture peine un peu sur ce chemin de plus en plus difficile.... sans compter que nous sommes couverts de poussière.

C'est à ce moment qu'on aperçoit un troupeau de Huanacos, espèce de lamas. Ils s'enfuient à notre passage.... impression d'être au bout du monde. Tous mes souvenirs de voyage au Pérou remontent d'un coup, toutes ces routes de terre, tous ces longs périples dans la poussière des Andes. C'est l'aventure et j'avoue, mon coeur bat d'émotion.... mais dans la voiture l'ambiance est toute autre. Ma moitié ne déserre pas les dents, la peur est là, envahissante, froide, incontrôlable... et les enfants ne disent plus un mot, c'est à peine s'ils respirent! Leur inquiétude finit par me gagner, surtout que le soleil descend et que le chemin continue de tourner de plus en plus étroit... Les reproches tombent aussi : comment ai-je pu décider de prendre un tel chemin avec des enfants? Et pourtant, mes parents ont fait bien pire... Je commence à prier intérieurement que nous soyons sur la bonne route et je tente d'être rassurante : une chose est sûre, je suis certaine que nous allons dans la bonne direction (et mon sens de l'orientation ne m'a heureusement jamais fait défaut!).
Au bout d'un temps qui nous semble trèèèès long, finalement un panneau! Nous sommes à 14kms de Villavicencio, au moins, nous sommes sur la bonne route! Mais le plaisir s'est envolée, laissant toute la place à l'angoisse. La voiture tiendra-t-elle? Que faire si on tombait en panne? Le paysage est tellement désertique.... et nous n'avons aucune réserve d'eau, de nourriture, rien.

Et puis, à la sortie d'un tournant, une vue époustoufflante..... Toute la plaine s'étend devant nous! Et la route en lacets à pic aussi, les fameux Caracoles de Villavicencio (escargots, route en lacets). Nous ne sommes pas encore arrivés! Cependant, à mesure que nous descendons, sur une route étroite et difficile, nous nous rapprochons d'une petit poumon vert : las Termas de Villavicencio... En bas, la poussière d'une autre voiture, alleluia, nous ne sommes plus seuls!

Les thermes de Villavicencio sont là, un vieil hôtel, fermé depuis plus de 20 ans, dans lequel la haute société de Mendoza venait autrefois prendre les eaux. Le nom est très célèbre dans toute l'Argentine, c'est l'eau Évian locale... Partout, on vend de la Villavicencio comme un eau pure. Effectivement, vu l'environnement, elle ne doit pas être polluée! Il n'y a rien du tout à des hectares à la ronde... puisque la zone de près de 70,000 hectares est protégée. Nous apprendrons en discutant avec le gardien, puis avec des Argentins qui ont fait la même route que nous dans une voiture aussi peu préparée (et avec la même angoisse), que le domaine a été racheté par le groupe Danone (Quelle affaire ils ont fait! triste de constater aussi que tout ce qui est bien finit aux mains d'étrangers dans ce pays). Ce qu'ils vont en faire? Personne ne sait... mais cet endroit est absolument magique et unique! Préservé de tout dans un environnement qui a beaucoup à offrir... A suivre donc.
Les jardins sont encore entretenus, nous y faisons une petite marche bienfaitrice en compagnie de cette autre famille, courverte de poussière comme nous.

Lorsque nous reprenons la voiture, nous voyons arriver un couple de Français, eux aussi couvert de poussière, avec le même air de soulagement dans les yeux. Nous sommes tous des survivants de la ruta 52! Enfin, on en a l'impression... On décide de se suivre pour la route de retour vers Mendoza. Le soleil se couche mais la route est belle et dès que nous sommes en plaine, d'une rectitude implacable... Nous passerons juste à côté de l'usine d'embouteillage de Villavicencio, puis nous retrouvons la civilisation, la ville, les lumières, le bruit, les embouteillages de la sortie du travail... comme un rêve éveillé.
Nous rentrons, absolument îvres de fatigue des hauteurs des montagnes, un plat de pâtes et au lit! Une sacrée journée qui restera longtemps dans nos mémoires!
Pour lire les précédents épisodes Los Andes et Los Andes (2)