Retrouvé dans un vieux carton que je n’avais pas encore vidé, ce « Trésors d’enfance » de Christian Signol m’a charmée (et finalement, il gardera sa place dans la bibliothèque!). Je l’ai lu pendant cette semaine de vacances, une lecture qui ne pouvait tomber plus à propos!

L’auteur y dépeint la vie dans le village de son enfance, dans les années d’après-guerre à la campagne. Tout l’intérêt du livre réside dans la description de ses moments d’enfance, délibérément choisis pour le bonheur qu’ils procurent encore à son auteur. Une petit extrait, qui résume assez bien l’ensemble.

6805e10e22a011e772051210_L__SL500_AA240_« Les brûlants après-midi de l’été, comme les courtes journées de l’hiver coulaient avec la douceur lente de ces années-là, c’est-à-dire en laissant aux hommes la possibilité de s’attarder pour parler aux voisins ou aux gens de rencontre. «Finissez d’entrer», disaient ceux qui recevaient un visite, même si elle les dérangeait, et ils partageaient volontiers avec l’hôte de passage le verre de l’amitié. (.../...) Tant de trésors me reviennent à la mémoire : le lavoir, le travail du maréchal-ferrant, l’étude du soir dans la bonne odeur du poêle à bois, l’arrivée des gitans, du cirque, des rétameurs, l’odeur suffocante de l’alambic sur le chemin de l’école, les foins de juin sous la ronde folle des hirondelles, les moissons, le petit âne des jeudis matins qui transportait les colis de la gare, le garde champêtre et son tambour, la pêche aux écrevisses, la musique des manèges lors de la fête foraine, la neige sur le chemin de l’école, les grandes foires, les cloches et les sabots de Noël, la traite des vaches et la distribution du lait en compagnie de ma grand-mère, les bouillotes de l'hiver, les vendanges, le foirail entouré des grands ormes séculaires, tant de choses encore qui demeurent intactes dans ma mémoire et le demeureront toujours. Car au dessus de mon village, le ciel est toujours bleu.»

Et encore :

«Mais je veux d’abord parler de ces ormes qui ont beauoup compté pour moi, depuis l’école maternelle, donc jusqu’au temps où, adolescent, j’allais ramasser leurs feuilles pour les bêtes de mon grand-père, qui en étaient friandes. Il fallait pour cela serrer la tige avec les doigts et tirer vers l’extrémité : les feuilles venaient s’agglomérer en corolle dans la main et c’est alors que leur odeur tiède et poivrée éclatait au soleil. Ensuite, je les enfouissais dans un sac de jute que je jetais sur mon épaule avant d’aller plus loin, à la recherche d’églantiers. Au retour, malgré le savon de Marseille et de multiples frictions, je gardais leur odeur dans ma main plusieurs jours et, prisonnier dans la salle de classe, il me suffisait de les respirer pour retrouver ma liberté des jeudis enchantés

Beaucoup d’autres extraits auraient mérité d’être sélectionnés... et l’épilogue aussi, dans lequel Signol justifie son choix, pas aussi nostalgique qu'on pourrait le croire de prime abord, de ne parler que des beaux moments. Et cette phrase, pour conclure :

«C’est pourquoi j’ai la conviction que c’est la part d’enfance que nous aurons été capables de préserver tout au long de nos existences étroites et souvent dérisoires, qui nous sauvera le jour où nous serons délivrés des misères du temps.»

J'aime quand un auteur met en mots une conviction dont j'ai l'intuition depuis toujours.