« L’idée de ce roman m’est venue en lisant un livre volé. Je commencerai donc par préciser ce que j’ai subtilisé et où. Le livre s’intitule The Black Loyalists : The Search for a Promised land in Nova Scotia and Sierra Leone, 1783-1870, de l’auteur James W. St.G. Walker, professeur d’histoire à la University of Waterloo, en Ontario. Il se trouvait à Toronto, dans la bibliothèque de mes parents, Donna Hill et Daniel G. Hill. Mon père avait griffonné son nom au revers de la couverture avant que je ne quitte la maison, mais cette précaution s’est avérée inutile, car vingt ans se sont écoulés et j’ai toujours ce livre en ma possession.»

Extrait des remerciements, à la fin de Aminata, de Lawrence Hill, un livre à lire absolument.

 

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Dès les premières trois pages de ce roman historique, on sait déjà l'essentiel de la vie d’Aminata. Née en Afrique, elle a été esclave, elle a perdu ses enfants et elle est à Londres au moment où le Parlement vote l’abolition de l’esclavage. Elle a donc survécu à son terrible destin. Et c’est sans doute cela la clé du succès de ce roman : on veut savoir comment diable elle est passée à travers toutes ces épreuves et, une fois parti avec elle, on ne peut plus lâcher son récit.

[Aminata a 11 ans à peu près lorsqu’elle se fait capturer.]

«Je vivais dans la terreur que les ravisseurs nous battent, nous fassent bouillir et nous mangent, mais ils commencèrent par nous humilier : ils nous arrachèrent nos vêtements. Nous n’avions ni foulard ni pièce d’étoffe pour couvrir nos parties intimes. Nous n’avions même pas de sandales. Nous étions aussi nus que des chèvres, et notre nudité nous définissait comme prisonniers où que nous allions. Les ravisseurs étaient également définis par ce qu’il leur manquait : de la lumière dans les yeux. Jamais je n’ai rencontré une personne qui m’ait regardé droit dans les yeux, calmement, tout en se livrant à des atrocités. Poser le regard sur le visage de quelqu’un veut dire deux choses : reconnaître son humanité et affirmer la sienne.»

Comme l’écrit son auteur, «Aminata est le fruit de mon imagination, mais le livre reflète ma compréhension de l’histoire des loyalistes noirs.» Et pour ce faire, il nous fait revivre de nombreux événements sous un angle que l’on ne connait pas ou peu. J’ai énormément appris en lisant ce livre. Je savais que de nombreux Noirs avaient fui les États-Unis pour s’installer au Canada, mais je n’en connaissais pas les circonstances et en particulier, le chemin qui les a menés vers la Nouvelle-Écosse. En anglais, le livre s’intitule The Book of Negroes, du même nom que le registre créé par les Britanniques dans lequel sont inscrits 3 000 noms et descriptions de Noirs loyalistes. Ce registre est toujours conservé dans les Archives de la Nouvelle-Écosse, aux États-Unis et en Angleterre. Le livre a eu beaucoup de succès au Canada et a gagné plusieurs prix dont le Commenwealth Writers' Prize - allez lire l'article de RFI.

L’histoire d’Aminata est poignante mais jamais totalement désespérante – on sait qu’elle va survivre, je l’ai dit. Mais on ne peut s’empêcher de penser en refermant ce livre à tous les autres. Ceux qui n’ont pas survécu, ceux qui sont morts sous le joug, ceux qui encore aujourd’hui doivent fuir leur coin de pays, vivre dans un camp...